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Rabinovitch travaille à nous documenter avec précision sur les évènements de la montée en puissance de la Révolution Russe au cours de l'année 1917 (L82- Les bolcheviks prennent le pouvoir), puis, dans le second volume, sur la première année de l'exercice du pouvoir (L83- Les bolcheviks au pouvoir). 

Il choisit de nous présenter ce moment important de l'histoire sous l'angle de l'action menée par le parti bolchevik et par Lénine. Loin des adeptes d'une explication destinée à discréditer sans nuance cette révolution, et qui la diminue en en faisant un simple coup d'Etat, Rabinovitch, tout en étant critique et honnête sur les petites manœuvres auxquelles les bolcheviks se sont laissés entrainés, surtout dans les moments très difficiles des lendemains d'Octobre, souligne dans le même temps les qualités de leur parti, sa capacité d'écoute et de lien avec la population de Petrograd. 

On observe et on suit dans le détail les faiblesses de la situation et les défauts de certains choix et de certaines pratiques bolcheviks, en particulier lors des moments très difficiles qui vont suivre l'arrivée au pouvoir, faiblesses et défauts qui finiront par dégénérer le pouvoir lui-même qui s'installe.

Rabinovitch travaille à nous documenter avec précision sur les évènements de la montée en puissance de la Révolution Russe au cours de l'année 1917 (L82- Les bolcheviks prennent le pouvoir), puis, dans le second volume, sur la première année de l'exercice du pouvoir (L83- Les bolcheviks au pouvoir). 

Il choisit de nous présenter ce moment important de l'histoire sous l'angle de l'action menée par le parti bolchevik et par Lénine. Loin des adeptes d'une explication destinée à discréditer sans nuance cette révolution, et qui la diminue en en faisant un simple coup d'Etat, Rabinovitch, tout en étant critique et honnête sur les petites manœuvres auxquelles les bolcheviks se sont laissés entrainés, surtout dans les moments très difficiles des lendemains d'Octobre, souligne dans le même temps les qualités de leur parti, sa capacité d'écoute et de lien avec la population de Petrograd. 

On observe et on suit dans le détail les faiblesses de la situation et les défauts de certains choix et de certaines pratiques bolcheviks, en particulier lors des moments très difficiles qui vont suivre l'arrivée au pouvoir, faiblesses et défauts qui finiront par dégénérer le pouvoir lui-même qui s'installe.

Dans cet ouvrage, "Plus rien à perdre", Tom Thomas part d'une analyse, faite dans un ouvrage précédent, comme quoi le capitalisme en est à son stade sénile : le capitalisme a de plus en plus de mal à valoriser son capital. Pour en tirer le même profit, il lui faut investir un capital fixe de plus en plus énorme. Or, ce n'est pas le capital fixe qui produit de la plus-value, c'est le travail humain sur cette machinerie.

Et il en arrive donc à caractériser la période actuelle comme une nouvelle période historique, y compris pour les révolutionnaires. Pour lui, les révolutions russe et chinoise (il reste maoïste) ont échoué parce que les forces productives étaient à l'époque insuffisantes ; il fallait que la population se tue à la tâche, même au lendemain de la révolution. Elle n'avait pas du tout de temps libre, ce qui est nécessaire pour apprendre à se mettre à remplacer tous les dirigeants, dans les entreprises et dans la société, et édifier un communisme. 

Mais aujourd'hui, les forces productives, celles qui permettent un abaissement considérable du temps de travail, ces forces sont là. 

Par contre, les populations, dans le cas des pays riches, en restent encore avec le souvenir des Trente glorieuses, des luttes réformistes possibles et gagnantes. C'est une erreur : les capitalistes, qui avaient pu octroyer, un temps, des conditions progressivement plus favorables aux mondes du travail, ne le peuvent plus. Face à leurs difficultés de rendre productifs leurs investissements, leurs capitaux, ils changent leur comportement, et réintroduisent les méthodes du début du capitalisme : intensification du travail, allongement de la durée du travail, aggravation des conditions de travail. Les luttes réformistes, selon Thomas, sont donc condamnées. 

Nous aurions deux réserves, assez secondaires, sur ce texte : la référence à la Révolution culturelle, que nous ne mettons pas égalité avec la Révolution russe. Et dans sa conclusion, il reprend sans en discuter l'idée de la nécessité d'une prise du pouvoir. Par qui ? grosse question.  

                  On est loin des tonalités péremptoire et démonstrative des auteurs déjà lus sur ce sujet. Claudine Cohen reste prudente et mesurée, ce qui ne l'empêche pas d'avancer ses points de vue. 

                  Elle commence par montrer que la domination masculine n'est en rien une question naturelle, mais bien un comportement social, qui varie selon la société et son environnement. La sexualité humaine ayant cette particularité différente du règne animal, d'être possible en permanence, elle est devenue sociale et profondément intégrée dans l'ensemble des règles que la société se donne.

                  Claudine Cohen écarte Lahire, trouvant trop courte son explication de la domination masculine sur les femmes (dans les Structures fondamentales des sociétés humaines). Partant des observations archéologiques, elle montre les possibilités importantes que devaient avoir, dans la vie sociale, les femmes au paléolithique. Elle nous fait découvrir au passage que nombre de statuettes féminines peuvent être vues, sous un certain angle, comme des... sexes d'homme.

                  L'auteure voit un changement grave dans la condition des femmes avec le néolithique. Puis, une institutionnalisation de l'abaissement des femmes avec l'apparition des Etats. Elle donne en quelques pages un aperçu très clair de la manière dont les religions monothéistes vont éclore dans ce contexte, montrant d'une manière éclairante l'évolution qui fait passer du judaïsme au christianisme puis à l'islam, et la vision de la femme qui en découle.

                  Enfin, elle souligne les bouleversements opérés après 1968, qui vont commencer à révolutionner, dans le monde occidental tout du moins, la vision de la famille et de la femme. Et elle reprend ces belles lignes de Simone de Beauvoir : "Le jour où il sera possible à la femme d'aimer dans sa force, non dans sa faiblesse, non pour se fuir, mais pour se trouver, non pour se démettre, mais pour s'affirmer, alors l'amour deviendra pour elle, comme pour l'homme, source de vie et non mortel danger".

                  

                  La volonté affichée par Picq en rédigeant ce travail était, dit-il, de tenter de reconstituer quelque chose qui n'a jamais été fait : l'histoire de la coercition sexuelle que pratiquent les hommes envers les femmes. A quand celle-ci remonte-t-elle ? Au néolithique, qui change considérablement la vie et la société humaine ? Au Mésolithique qui le précède et voit la fin des sociétés préhistoriques ? Ou bien avant encore ? 

                  Pascal Picq commence son étude en consacrant plus d'un quart de son ouvrage à l'étude du comportement des mâles envers les femelles chez les singes et les grands singes (1). Avant de tenter de trouver une réponse chez les humains.

                  A de très nombreuses reprises, Picq mentionne l'existence d'une société de grands singes (les bonobos) et de quelques sociétés humaines traditionnelles où il n'y a pas ou très peu de coercition, pas de domination masculine. Mais cela ne l'empêche pas de conclure, presque systématiquement, chaque angle d'étude, en disant que toutes les sociétés humaines sont coercitives (2). 

                  On peut croire Picq lorsqu'il affirme que ce sont les hommes qui ont poussé le plus loin la coercition sexuelle envers les femmes, en ajoutant, aux coercitions plus ou moins violentes que mènent singes et grands singes, des aspects psychologiques, moraux et idéologiques pour prétendre justifier cette coercition. Mais il n'empêche que des exceptions existent qui interdisent d'affirmer une généralité absolue.

                  Au passage, Picq reprend pour le critiquer de manière bienveillante, le travail de la philosophe et militante féministe allemande Göttner-Abendroth, Les Sociétés matriarcales : Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde (2019). Travail que celle-ci semble avoir complété et précisé, y compris en réponse aux critiques de Pascal Picq, dans son dernier ouvrage Sociétés matriarcales du passé et émergence du patriarcat. Asie occidentale et Europe (2025), dont nous avons également des extraits.

                  Les travaux qui se veulent scientifiques sur cette question de la domination masculine sont assez rares pour être soutenus et mis en avant. Ils méritent d'être lus et étudiés, même si ces études n'en sont qu'à des débuts qui posent nombre de questions.

 

                  (1) Il faut encore ajouter qu'un article du Monde daté 3/12/2025 fait état de recherches mettant cette fois carrément en cause la soi-disant règle générale du mâle alpha chez les primates : sur 121 espèces différentes, 17% montrent une domination masculine, 13% une domination femelle, et donc 70% sans domination genrée.

                  (2) C'est dans ce livre de Pascal Picq, paru en 2023, que se trouve le passage cité dans la Lutte de Classe n°233 (juin 2023), et sur lequel Lutte Ouvrière s'appuyait pour dire que la position de Picq était politique et pas scientifique, et que donc, ils y répondaient en faisant de même. (cf Des chasseurs-cueilleurs aux villes sans Etat, E60 sur le site)

 

il s'agit d'un véritable ouvrage monumental, rédigé en 2019, sous la direction de Bernard Lahire (l'auteur de l'impressionnant Les structures fondamentales des sociétés humaines (extraits également réalisés), avec une équipe de 16 sociologues qui ont enquêté, d'une manière qui se veut scientifique, pendant une année, auprès de 18 enfants de grande section de maternelle. 

Ils se sont attachés à le faire dans tous les milieux sociaux, analysant, pour chaque enfant sur une quarantaine de pages, tous les aspects de la vie de l'enfant, des revenus des parents aux professions des grands-parents, de la manière de se vêtir aux pratiques alimentaires, du mode de sanction des parents au langage utilisé, des lectures choisies aux loisirs préférés, avec l'interview d'un autre adulte que les parents, ainsi qu'une présence dans l'école où l'enfant est scolarisé. 

Une difficulté peut résider dans certains termes. Ainsi, quand la ou le sociologue dit que des règles peuvent être "incorporées", il exprime, par exemple, le fait que l'on ne mange pas avec ses doigts est devenu un réflexe de notre "corps", et qu'on agit selon la règle de prendre un couvert, on n'y réfléchit même plus, on l'a "incorporée".

L'idée de l'ouvrage, et des enquêtes sur lesquelles il repose, est de chercher à comprendre comment naissent et vont se reproduire les inégalités, dès cet âge-là. Le résultat est impressionnant, depuis une petite fille Rom mise à l'écart par ses camarades de classe -y compris à l'initiative de certains parents-, ou un petit garçon qui "vit" dans la voiture de son père, jusqu'aux enfants de parents des beaux quartiers de Paris.

La conclusion est un vrai réquisitoire contre cette société. A la fin des 1200 pages, qui ont aussi le mérite de montrer de nombreux aspects de la vie - et des pensées - de ces gens, Lahire écrit : "La violence invisible et silencieuse des inégalités - invisible et silencieuse car elles ont le produit de mécanismes objectifs impersonnels - devient plus visible et bruyante lorsque les dirigeants politiques non seulement renoncent aux idéaux égalitaires, mais accroissent les inégalités en faisant peser sur les plus faibles tous les "efforts" et tous les "sacrifices"", tandis que les plus dotés sont non seulement épargnés, mais soigneusement protégés. 

"Lorsque cette violence faite en permanence aux dominés engendre de la violence verbale ou physique de leur part, tous les responsables politiques et les commentateurs policés s'émeuvent et se scandalisent, mais bien peu prennent le temps de se scandaliser devant l'invisible spectacle quotidien de toutes les vies empêchées, limitées, devant toutes ces vies diminuées".

En finir avec les nationalismes nous donne d'abord une vision globale de l'évolution du capitalisme, des origines à nos jours, assez simple à lire, en en soulignant les traits essentiellement nouveaux pour chacune des grandes périodes.

Le cœur de cet ouvrage s'attaque à la question des idées d'ordre nationaliste, qu'ont les masses populaires, en lien avec leur situation et celle de leur pays, et leur évolution selon les diverses époques dans l'histoire du capitalisme. 

Heide Goettner-Abendroth est une philosophe allemande qui s'est spécialisée dans la recherche et l'étude des sociétés matriarcales. Elle a été beaucoup critiquée, en partie du fait qu'elle prend pour hypothèse que les premières sociétés humaines ont été matriarcales. 

Pour elle, ce terme ne signifie pas un équivalent féminin du patriarcat, une domination par les femmes sur les hommes. Il signifie simplement une absence de domination masculine, une société égalitaire et qui, sur le plan politique, s'appuie sur un consensus, et pas seulement sur une majorité. 

Mais cette hypothèse, bien que ne pouvant effectivement pas être prouvée scientifiquement à ce jour, lui permet de former un récit construit et cohérent, basé sur une description riche d'exemples qui, eux, ont bien été observés, en Asie occidentale et en Europe.

Si certains points, comme le passage au patriarcat, demandent à ce que leur étude soit poursuivie et complétée, cette lecture apporte un point de vue novateur sur les sociétés humaines et leurs passés. Un point de vue que le paléoanthropologue Pascal Picq juge positif sur de nombreux plans, dans son Et l'évolution créa la femme.

            Rédigé par une scientifique américaine qui s'est passionnée pour de nombreux domaines, c'est ici un livre long, mais qui reste passionnant tout du long. On découvre que pratiquement tous les aspects du corps humain trouvent des différences selon que l'on est du sexe masculin ou féminin. On y apprend pour commencer quand, comment, dans quel univers, les seins sont apparus, qui était la première Eve du sein. Et ainsi de suite, pour ce qui concerne la perception, la marche, le langage, jusqu'à, évidemment, la sexualité humaine et son évolution

            Surtout, et c'est un peu la thèse du livre, on comprend à quel point l'évolution chez notre espèce, Homo sapiens, a fabriqué une situation où se reproduire, accoucher d'un enfant, pose des problèmes considérables, est quelque chose de dangereux. Et qu'il nous a fallu, très tôt, mettre au point des techniques, des comportements dans notre société, pour limiter les risques de voir la mère et/ou l'enfant, mourir lors de l'accouchement. On saura au passage que si le spermatozoïde est minuscule en comparaison de l'ovule féminin, c'est que seul l'ovule comprend les matières premières qui vont lancer toute la fabrication du corps du petit d'humain. 

            L'auteur a une vision sociale, pour ne pas dire socialiste, des relations entre hommes et femmes. Après avoir expliqué pourquoi les femmes vivaient plus longtemps que les hommes, elle écrit : "Nous vivons plus longtemps que nos frères, nos maris, que nos amants et que nos amis. Nous devons continuer à vivre, nous toutes, et les regarder partir". 

            Enfin, pour montrer à quel point serait modifiée dans un sens très positif une société qui donne plus de place aux femmes, notamment dans les postes de décision, elle prend l'exemple de l'âge d'or de l'Islam, au Moyen Age : une société qui a prospéré, a brillé par sa culture et ses travaux scientifiques, en même temps qu'elle traitait à égalité filles et garçons en ce qui concerne l'éducation et la formation intellectuelle. 

 

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