... Si l'on y réfléchit, ce fonctionnement fou est dans la logique du capitalisme : un capitaliste met en vente son produit, son système, au plus vite, pour faire du fric avant les autres. Une fois que les dégâts sont là, une autre industrie va pouvoir faire du fric, grâce aux dégâts déjà faits...
Les économistes nous le disent et le répètent : les entreprises donnent du travail, créent des richesses. Il n'y a rien à redire là-dessus. Eh bien si ! Il y a beaucoup à redire.
Prenons un exemple connu : l'amiante. On sait tous qu'il est dangereux. Et qu'il a fallu plus de 50 ans pour l'interdire, au début des années 2000. Aujourd'hui encore, il nous coûte très cher : 2000 morts par an en France, 255 000 dans le monde.
Mais on sait moins que ce sale produit sert maintenant à faire de beaux bénéfices à certains. Des lois obligent en effet à enlever l'amiante dans de nombreux endroits. Et cela coûte des fortunes, jusqu'à 1500 euros pour un mètre carré à nettoyer. L'université Jussieu, à Paris, a demandé 20 ans de travail, et cela a coûté un milliard d'euros.
Si on y réfléchit, des industriels se sont d'abord enrichis en fabriquant un gros problème : de l'amiante un peu partout. Après quoi, d'autres industriels s'enrichissent en réparant les dégâts. Double gâchis donc pour nous, pour la société ; et double profit pour le monde capitaliste.
Du passé, le scandale de l'amiante ? Eh non ! Prenons l'alimentation. Si vous regardez de près les étiquettes de ce que vous achetez, vous verrez que les industriels ajoutent du sucre partout. Pour donner envie d'en reprendre, donc de racheter. Ce sucre qu'ils nous ajoutent, c'est une cause importante du diabète de type 2. On peut perdre la vue, ou un orteil, ou même le pied. En France, ce diabète cause 34 000 décès par an, un million dans le monde.
Et une autre industrie est venue faire des profits, en soignant les malades du diabète : les diagnostics, les soins nécessaires, les médicaments, les images médicales. Toute cette industrie du diabète rapporte 100 milliards par an de bénéfices dans le monde.
Comme pour l'amiante, on a laissé, et on continue de laisser des capitalistes provoquer de graves dégâts. Pendant qu'une autre industrie vient faire des profits, en venant les réparer. Là encore, double gâchis, humain et financier.
Ce n'est pas écrit sur les paquets, mais la plupart des plats préparés qu'on achète connaissent de drôles de préparation : on y a ajouté des produits chimiques pour donner une impression de fondant dans la bouche, d'autres pour renforcer le goût ; on a injecté de l'hydrogène pour faire du gras moins cher que le beurre ; on a chauffé, compressé certains produits, bref : les scientifiques disent que ces aliments sont "ultra-transformés". A la longue, une artère se bouche au cerveau (AVC), ou au cœur (infarctus). Mais rien n'oblige Danone, Nestlé, Ferrero ou Bonduelle à écrire tout cela sur les dizaines de marques qu'ils nous vendent. Au contraire, on les laisse faire des publicités alléchantes.
Les coûts en soins dus à ces aliments sont encore mal chiffrés. On pense qu'il y en a pour 300 à 600 milliards d'euros dans le monde ; 20 à 30 milliards en France, que nous payons d'une manière ou l’autre.
On pourrait continuer ainsi sur bien des choses : l'industrie chimique fabrique 5000 nouveaux produits par an. A cette vitesse, impossible de tout analyser, et savoir ce qui est acceptable ou mauvais. Il y en a déjà dans l'eau, dans l'air, dans la terre (PFAS, particules fines, etc.). Combien cela coûtera-t-il à nettoyer ?
Si l'on y réfléchit, ce fonctionnement fou est dans la logique du capitalisme : un capitaliste met en vente son produit, son système, au plus vite, pour faire du fric avant les autres. Une fois que les dégâts sont là, une autre industrie va pouvoir faire du fric, grâce aux dégâts déjà faits.
Cela a des conséquences même sur notre mode de vie. Les propriétaires des réseaux sociaux sont devenus les plus gros capitalistes de la planète. Mais ils les ont faits sans notre avis, ni explication sur les risques, ni réflexion sur les conséquences possibles. Ce n'est qu'une fois que tout est installé, et qu'il est devenu difficile de s'en passer, que se pose la question du monde que cela fabrique.
Le capitalisme trouve son intérêt à faire pour défaire. Mais il peut faire pire : défaire d'abord pour refaire ensuite. C'est ce qu'il fait avec les guerres. Les industries militaires produisent des armes qui cassent tout, puis d'autres font du fric en venant reconstruire.
Des montagnes de richesses sont gâchées. Au lieu de quoi on pourrait diminuer le temps de travail pour les travaux les plus durs, ou améliorer le système de santé, l'école, etc. Il est temps d'arrêter ce système capitaliste. C'est à la population, à la société tout entière, de décider ce qu'elle veut ou pas. Pas aux capitalistes, ces irresponsables qui ne savent que faire la course à celui qui gagnera le plus de fric.