370- Hôpital : de quoi est-il malade ?

… Mais que gagnent les hauts fonctionnaires qui dirigent l’Etat, à comprimer les dépenses des hôpitaux, ou des autres services publics ? De l’argent ? Pas directement. Ils prouvent aux capitalistes, aux patrons, qu’ils font au mieux dans leurs intérêts. Car chaque fois que l’Etat fait un sou d’économie dans les hôpitaux, c’est un sou de plus qu’il va pouvoir leur donner…

            Ça fait des années, des dizaines d’années, qu’on sait que l’hôpital va mal, toujours plus mal. Et chaque fois, la réponse des responsables, c’est de faire une enquête. Comme si la maladie de l’hôpital était un grand mystère. Comme si l’hôpital avait une maladie très spéciale.

            Depuis 1941, l’hôpital est pris en charge par l’Etat, et la médecine a connu des progrès formidables. L’espérance de vie des gens, dans un pays comme la France, est passée de 60/65 ans à 80/85 ans aujourd’hui. Grâce au progrès technique, on a besoin de rester moins longtemps à l’hôpital ; des lits sont donc supprimés.

            Seulement voilà, en même temps qu’ils suppriment les lits devenus vraiment inutiles, les grands responsables se sont dit que s’ils en supprimaient un peu plus encore, le personnel et les médecins se débrouilleraient quand même, et on fera des économies en plus. Si un hôpital n’a plus de lit, il téléphonera à un autre et lui enverra son malade. Et ça marche.

            Alors, la haute administration s’est mise à imaginer qu’elle pouvait carrément fermer tout un service, une maternité, ou même un hôpital. Il suffit de dire qu’un gros service qui regroupe plus de moyens, c’est mieux. Cette fois, ce sont les malades qui feront plus de kilomètres. Les personnels de l’hôpital seront de plus en plus surchargés. Il y aura des grèves : en 1988, 1995, 1999, en 2001… Mais ça passe encore.

            L’imagerie médicale est ce qui rapporte le plus. Alors on fait tourner les IRM et autres machines d’examen à toute vitesse, on ne laisse pas le temps aux malades d’aller uriner.

             Qui est-ce qui décide tout cela ? C’est l’Etat. Que le gouvernement soit de droite, de gauche, ou ni droite ni gauche comme actuellement. Depuis 20 ans, on est passé de 480 000 lits à 380 000 : 100 000 lits supprimés.

            Mais ça ne vous dit rien cette logique qui oblige à faire des économies sur le dos de ceux qui travaillent, qui accélère la production ? Vous ne voyez pas ? Eh oui, c’est exactement la même logique qu’ont les patrons : économiser sur le personnel, lui faire faire le même travail avec moins de monde, quitte à ce qu’on en devienne malade. Chaque sou qu’économise un patron sur le dos de son personnel, il va en profiter, personnellement, lui et les propriétaires de l’entreprise, les actionnaires. Il n’y a donc aucun mystère dans la maladie de l’hôpital. Cette maladie est parfaitement connue. Elle s’appelle capitalisme.

            Mais que gagnent les hauts fonctionnaires qui dirigent l’Etat, à comprimer les dépenses des hôpitaux, ou des autres services publics ? De l’argent ? Pas directement. Ils prouvent aux capitalistes, aux patrons, qu’ils font au mieux dans leurs intérêts. Car chaque fois que l’Etat fait un sou d’économie dans les hôpitaux, c’est un sou de plus qu’il va pouvoir leur donner.

            Oui, discrètement, l’Etat distribue aux patrons du privé plus de 70 milliards par an, autant que le budget de l’armée, la police et la justice réunis : pour les aider à embaucher, pour soutenir des projets d’avenir, etc. Sur le site https://data.aides-entreprises.fr/stock , il y a des centaines de motifs pour obtenir une aide. Et ce sont les plus gros qui obtiennent les plus grosses. D’où vient l’argent ? De nos impôts, au lieu de servir aux hôpitaux, aux transports, à l’éducation.

            Pourquoi donc l’Etat ne nous parle pas de ces belles aides qu’il offre aux capitalistes privés ? Parce qu’on finirait par comprendre qu’il n’est pas neutre, qu’il n’est pas un père bienveillant pour tous. S’il s’occupe, un peu, à certains moments, du monde du travail, c’est pour que nous restions calmes à travailler, pour que le système capitaliste ne soit pas secoué par des révoltes.

            L’hôpital est malade du système capitaliste, comme les transports, l’éducation, l’alimentation ou l’environnement. Rien n’échappe vraiment à sa logique de faire du profit pour les plus riches. Il faudra bien qu’un jour l’on dénonce ce système tout entier, au lieu de voir les dégâts séparément, un jour ici, le lendemain ailleurs.

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