357- Maroc : les palais et leurs secrets

… bizarrement, de temps en temps, il y a une tache sur la belle image : en 2021, Macron et ses ministres auraient eu leurs téléphones espionnés. En 2019, le chef des services secrets du Maroc est accusé de torture. Et si on remonte un peu plus loin, en 1965 déjà, l’opposant Ben Barka avait été arrêté en plein Paris, torturé, tué, puis sa tête rapportée au roi Hassan 2, avant que son corps soit dissous dans l’acide. Le Maroc trompe-t-il son monde ? Les dirigeants français se font-ils avoir ?...

            Le Maroc vous fait rêver ? La carte postale est parfaite : un accueil amical, des palais magnifiques, du tourisme pas cher, et même une retraite dorée pour certains français. Chaque fois qu’un dirigeant important parle du Maroc en France, c’est pour dire que c’est « un pays ami ». La France y a même construit la seule ligne de train à grande vitesse d’Afrique.

            Mais bizarrement, de temps en temps, il y a une tache sur la belle image : en 2021, Macron et ses ministres auraient eu leurs téléphones espionnés. En 2019, le chef des services secrets du Maroc est accusé de torture. Et si on remonte un peu plus loin, en 1965 déjà, l’opposant Ben Barka avait été arrêté en plein Paris, torturé, tué, puis sa tête rapportée au roi Hassan 2, avant que son corps soit dissous dans l’acide. Le Maroc trompe-t-il son monde ? Les dirigeants français se font-ils avoir ?

            Eh bien, non. En réalité, ce sont surtout les dirigeants français eux-mêmes qui font une belle publicité pour le Maroc. Et eux qui cachent ainsi une réalité obscure pour la population marocaine.

            Cette histoire, comme beaucoup, a commencé avec la colonisation, dans les années 1840. Alors qu’en Algérie voisine, la France a cassé les pouvoirs de toutes les tribus traditionnelles, au Maroc elle joue plus fin : elle soutient le pouvoir du sultan, et casse les tribus qui ne lui obéissent pas et ne lui payent pas l’impôt. Elle consolide son colonialisme en renforçant le pouvoir royal. Au Maroc, la colonisation se fait donc, d’une certaine manière, en collaboration avec le pouvoir.

            Cela ne va pas empêcher, comme partout, que monte la volonté d’indépendance, surtout après la Deuxième Guerre mondiale. Mais cela va aider la puissance française à laisser sur place des hommes, des liens, des sociétés, toute une pratique où collaborent les sommets de l’Etat marocain avec ceux de l’Etat français.

            Pendant la colonisation, qu’on appelle à l’époque « protectorat » au Maroc, la banque française BNP Paribas tient le plus grand groupe d’entreprises, dans l’industrie, les mines, le commerce, la finance : l’Omnium Nord-Africain. L’indépendance en 1956 n’y change rien. En 1980 BNP revend l’Omnium au roi Hassan 2. Enfin en 1999, son fils Mohamed 6 regroupe l’Omnium avec un autre groupe, créé par son père, la Société Nationale d’Investissement.    

            Résultat, la famille royale est de très loin le plus riche propriétaire du pays. Et les sociétés qu’elle possède sont souvent liées à des sociétés françaises. Aujourd’hui, il y a près de 1000 entreprises ou filiales françaises installées au Maroc. C’est le pays d’Afrique où les capitalistes français investissent le plus d’argent.

            Le Maroc est ainsi la 5è puissance économique en Afrique. Le 2ème aussi qui investit dans tout le continent. Sa richesse, que les économistes appellent le PIB, a été multipliée par deux en une quinzaine d’années, avec 120 milliards de dollars en 2020.

            Mais la plus grande partie de la population n’en voie aucune couleur. Le Maroc est le pays qui connaît les plus fortes inégalités entre riches et pauvres en Afrique du Nord. Et les patrons français en profitent aussi : ils font faire le travail pour 4 fois moins cher qu’en France par les ouvrières marocaines. En février 2021, 28 d’entre elles sont mortes noyées dans un atelier clandestin de textile souterrain, juste à cause d’un orage.

            En France, que ce soit à droite (Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Rachida Dati, Nicolas Sarkozy) ou qu’ils se disent de gauche (Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, Elisabeth Guigou), et aussi de grands journalistes, c’est à celui qui défendra le mieux le roi du Maroc et son système : le Maroc est un « pays ami », répètent-ils. Il faut dire qu’ils sont invités par le roi lui-même dans ses palais de luxe. Quand ils ne possèdent pas leur propre petit palais à Marrakech ou Tanger.

            Dictateurs ou démocrates -soi-disant-, on s’entend très bien entre puissants et profiteurs.

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