324- Soudan : pourquoi nous sommes concernés

C’est loin, le Soudan, au sud de l’Égypte. Mais la France y a aussi un rôle, et une responsabilité dans ce qui s’y passe. La dictature de l’armée n’est pas tombée du ciel. Elle a été préparée par les colonisateurs, français et anglais.

La révolte avait commencé fin 2018, contre un triplement du prix du pain. Nuit et jour, pendant des mois, un demi-million de manifestants ont défié l’armée, dans la capitale du Soudan, Khartoum. Hommes et femmes ensemble, dans ce pays où règne la charia, ils ont obtenu le départ du général islamiste, Omar el-Béchir, dictateur depuis 30 ans. En juin 2019, l’armée a tiré, voulant faire peur et arrêter le mouvement.

C’est loin, le Soudan, au sud de l’Égypte. Mais la France y a aussi un rôle, et une responsabilité dans ce qui s’y passe. La dictature de l’armée n’est pas tombée du ciel. Elle a été préparée par les colonisateurs, français et anglais.

 Les Anglais ont écarté les Français. Ils ont vu que l’Égypte arabe s’en prenait au Soudan, pour y enrôler des soldats Noirs et des esclaves. Ils ont alors décidé de mettre en place un régime raciste, où les Arabes dominaient les Noirs. Et lorsqu’ils ont accordé l’indépendance en 1956, la guerre a explosé, entre le Nord privilégié et le Sud abandonné. C’est cette guerre qui va, depuis, pousser à la mise en place de régimes militaires.

Indépendance ou pas, les grandes puissances continuent d’être là. Les Américains offrent au Nord des milliards de dollars, pour en faire un allié contre l’URSS. En 1991, Omar el-Béchir  instaure la charia (lapidation des femmes, amputation de la main). Il reste encore soutenu par les États-Unis et la France. L’islamisme est alors un bon allié contre l’idée communiste.

Lorsque du pétrole est découvert dans le Sud, les Etats-Unis font le choix, cette fois, de le soutenir contre le Nord. Comme l’URSS n’existe plus depuis 1990, la France joue son propre jeu et continue de soutenir... le Nord : elle livre des armes à Omar el-Béchir, envoie Total lui chercher du pétrole, lui vend des avions Airbus, et lui offre des images satellites du Sud, pour l’aider à y faire sa guerre. En remerciement, el-Béchir offre à la France le terroriste Carlos, opération qui devait aider Chirac à se faire élire en 1995.

La France construira aussi un ensemble  d’usines pour fabriquer des armes sur place ; son nom : Djihad ! Dans les années 2000, il y a 40 entreprises françaises à la foire internationale de Khartoum. De leur côté, pour contrôler le pétrole du Sud, les Etats-Unis réussissent à obtenir une coupure du pays en deux en 2011 ; et ils se présentent comme des... faiseurs de paix.

Oui, les grandes puissances sont présentes et bien présentes dans tous ces pays. Leurs manœuvres ne font que les affaiblir, aider à la mise en place et au maintien de ces dictateurs, car il leur est facile de les acheter. Et c’est de toutes ces manœuvres que les grandes puissances tirent leur puissance.

Un pays de la région les sert en luttant contre toutes les révolutions, au Soudan et dans tout le monde arabe : c’est l’Arabie saoudite. La France lui a vendu pour 11 milliards d’euros d’armements sur dix ans. Alors, quand la population du Soudan, comme celle d’Algérie, se bat contre son régime, c’est un peu aussi contre des puissances comme la France et les États-Unis qu’elles doivent lutter.

Oui, il y a un gigantesque ordre mondial, et il s’appelle le capitalisme, l’impérialisme. Ce système opprime tous les peuples, toutes les populations. Il ne connaît en réalité ni les frontières, ni les religions. C’est l’intérêt de toute l’humanité que d’en finir avec lui.

En 2019, des jeunes des 4 coins du monde se sont mis à manifester pour qu’on s’occupe du climat. On pourrait voir aussi bien des manifestants sur toute la planète dire que le capitalisme doit céder la place. Il faudrait réunir toutes les causes, contre toutes les formes d’exploitations et de dominations : (pauvreté, écologie, dictatures, femmes, minorités opprimées) en une seule grande et unique cause de l’humanité réunie.

            C’est utopique ? Qui sait ce qui peut advenir ! C’est juste, c’est nécessaire ; c’est cette cause que nous pensons utile de préparer. Elle est une belle raison de vivre et de lutter.

© L'Ouvrier 2019
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