426- Concurrence étrangère : une autre logique existe

            … Lutter ici, pour améliorer le sort des travailleurs à l'étranger, cela peut sembler naïf, idiot. Mais imaginons un instant que les travailleurs de l'automobile, ensemble, en France, en Allemagne, en Italie, cessent le travail, et revendiquent des salaires décents dans les usines de ces patrons aux quatre coins du monde. Cela aurait un impact gigantesque. Les populations de tous les autres pays applaudiraient, prendraient confiance en elles, et cela multiplierait leurs forces…

            Pas un mois ne passe sans qu'on ait un exemple dramatique : une usine qui doit fermer, un commerce qui abandonne, des paysans sont étranglés. Et c'est la concurrence d'autres pays qui est en cause. Une fois, ces pays produisent des choses de moins bonne qualité. Une autre fois, ce sont leurs ouvriers qui sont peu payés.

            Les patrons sont les premiers à hurler contre cette concurrence : "C'est une concurrence déloyale", "la concurrence est faussée", Et, du coup, ils réclament d'être aidés par l'Etat ; ils se plaignent d'avoir trop à payer, trop d'impôts ; ils n'osent pas le dire, mais ils seraient heureux si les salaires pouvaient même baisser ici, en France.

            On entend aussi des syndicats reprendre une partie de ces idées : "Les autres pays doivent respecter les mêmes règles que nous", "il faut que les entreprises reviennent en France". 

            Oui, mais dénoncer la concurrence, alors que le monde capitaliste, c'est de la concurrence, ça ne sert pas à grand-chose. Voilà pourquoi rien ne change, depuis des dizaines d'années. 

            Si l'on a de meilleurs salaires et de meilleures conditions de vie et de travail, en Europe de l'ouest, ce n'est pas un cadeau des patrons. C'est là que le capitalisme a commencé à exister. Et il a commencé avec des conditions terribles pour la population, des conditions pareilles à celles de certains pays pauvres aujourd'hui. Il a fallu des dizaines d'années de luttes, pour avoir le droit de se grouper, de faire un syndicat, de faire grève, de manifester. 

            C'est cela qui a obligé les patrons à mieux nous respecter, et ils ont reculé, ici, en Europe. Mais ils se rattrapaient en même temps en exploitant durement le reste du monde, par la colonisation hier ; et aujourd'hui par la concurrence de notre économie, beaucoup plus forte. Une partie de notre bien-être en Europe vient de ce qui a été et continue d'être volé, pillé, dans ces pays. 

            Il y a donc des écarts énormes pour les salaires ouvriers d'un pays à l'autre. Ces écarts, ils profitent aussi à nos patrons, nos capitalistes, ici. Sans avoir besoin de le dire, ils nous font accepter des salaires qui ne montent plus, juste en menaçant d'envoyer des usines ailleurs, ou de les fermer. 

            Renault a une usine d'automobiles en Roumanie. Là-bas, il paye ses ouvriers trois fois moins qu'en France ; et les travailleurs là-bas ont moins de droits qu'ici. Faut-il revendiquer que cette usine revienne en France ? Ce n'est pas l'intérêt de Renault et de ses actionnaires ; il ne le fera donc pas. 

            On ne peut pas faire marcher l'histoire à l'envers. Mais on peut la faire aller en avant. Nous pouvons essayer de profiter de notre situation, puisqu'elle est meilleure ici. Nous pouvons lutter pour pousser Renault à ce que les salaires et les droits, en Roumanie, augmentent et s'améliorent. Voilà ce que des syndicats pourraient faire. Mais pour cela, il faut aussi que les travailleurs, ici, soient plus nombreux à voir les choses ainsi.

            Lutter ici, pour améliorer le sort des travailleurs à l'étranger, cela peut sembler naïf, idiot. Mais imaginons un instant que les travailleurs de l'automobile, ensemble, en France, en Allemagne, en Italie, cessent le travail, et revendiquent des salaires décents dans les usines de ces patrons aux quatre coins du monde. Cela aurait un impact gigantesque. Les populations de tous les autres pays applaudiraient, prendraient confiance en elles, et cela multiplierait leurs forces.

            Et ici, c'est toute l'ambiance qui commencerait à changer. Au lieu d'être tout le temps sur la défensive, le monde du travail se sentirait fort, trouverait une belle fierté à organiser une lutte d'envergure qui passe les frontières. Et c'est le monde des patrons qui serait sur la défensive.

            Tout cela se prépare, bien sûr. Mais il y faut au départ une autre logique que celle actuelle. Chacun peut y réfléchir, et pourquoi pas, en parler. Cela semble utopique. Mais il faut de l'utopie, il faut changer ce monde. Travailleurs du monde entier, unissons-nous !

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