420- Comptes publics : le plus gros fraudeur, c'est l'Etat

... Des sénateurs, pas n'importe qui donc, ont fait une enquête parce qu'ils n'arrivaient pas à savoir combien l'Etat donnait comme aides aux grands patrons, ceux des entreprises de plus de 1 000 personnes. Un service, l'Insee, leur disait 70 milliards. Un autre 88, un autre encore 150. Les sénateurs ont alors décidé de faire les comptes eux-mêmes : ils ont découvert que c'est 211 milliards que l'Etat a offert à ces patrons, en 2023. C'est autant que les quatre plus gros postes de dépenses réunis : enseignement, remboursement de la dette, armée et recherche ! C'est dix fois la fraude supposée à la Sécu...

            "Les comptes du pays sont vraiment mauvais. Il va falloir qu'on se serre la ceinture, qu'on fasse des économies. Mais soyez tranquilles, on va le faire avec justice : tout le monde devra faire des efforts. La dette, elle est énorme. On dépense trop. Et la sécurité sociale, ça ne va plus, il faut arrêter les gaspillages."          

            C'est régulièrement qu'on entend ces paroles. Si on ne fait rien, nous dit-on encore, le remboursement de la dette de l'Etat va devenir le premier poste de dépenses. Tous les postes doivent donc baisser, sauf la police et surtout l'armée. Elle, sera au contraire en nette augmentation. On va donc rogner sur presque tout. Et on va aussi faire la chasse aux fraudeurs.  Rien que dans la sécurité sociale, certains disent qu'il y en aurait pour 20 milliards d'euros.

            L'argent que l'Etat dépense, il ne peut le trouver que dans les fruits de notre travail. Il le récupère déjà avec l'impôt sur le revenu. Mais les impôts qui rapportent le plus ne se voient pas. Chaque fois que nous achetons quelque chose, on paye une TVA, une taxe, un impôt. Une autre partie ne se voit que sur notre bulletin de salaire : les lignes marquées "retraite, sécurité sociale, complémentaire, famille, assurance chômage, CSG" sont des sommes qui sont le fruit de notre travail, mais qui vont directement à l'Etat, plus exactement à la sécurité sociale. Avec cet argent, sont payées nos retraites, nos maladies, le chômage... Grâce à ce système, l'Etat diminue un peu les inégalités des revenus ; car il redistribue un peu plus à ceux qui en ont le moins. On peut donc penser qu'il n'y a rien à redire.

            Si on est très endettés, il faut bien faire des économies. Et c'est pourquoi le budget 2026 prévoit 65 milliards pour l'enseignement, qui reste le premier poste. Le deuxième sera de 60 milliards, pour le remboursement de la dette. Le troisième, ce sera l'armée, avec 57 milliards. Presque tous les autres, recherche, écologie, emploi, justice, qui vont de 30 à 10 milliards, sont en recul. Pas d'autre choix !

            Imaginez maintenant que quelqu'un conteste cette belle présentation des choses. Que ce quelqu'un nous dise : "il y a une arnaque dans vos comptes : 200 milliards d'euros sont cachés dans les comptes que vous nous montrez !" On va se dire que c'est un peu gros quand même. Il y a sans doute des petites tricheries ici ou là, mais pas 200 milliards. 

            Eh bien, si ! Des sénateurs, pas n'importe qui donc, ont fait une enquête parce qu'ils n'arrivaient pas à savoir combien l'Etat donnait comme aides aux grands patrons, ceux des entreprises de plus de 1 000 personnes. Un service, l'Insee, leur disait 70 milliards. Un autre 88, un autre encore 150. Les sénateurs ont alors décidé de faire les comptes eux-mêmes : ils ont découvert que c'est 211 milliards que l'Etat a offert à ces patrons, en 2023. C'est autant que les quatre plus gros postes de dépenses réunis : enseignement, remboursement de la dette, armée et recherche ! C'est dix fois la fraude supposée à la Sécu.

            Comment une telle somme peut-elle être cachée dans les comptes ? Tout cet appareil d'Etat serait-il corrompu, vendu ? Non. Plus simplement, cette aide est distribuée à plein d'endroits différents. L'Urssaf, La Cgfip, l'Ademe, le Cnc, France 2030, distribuent des allègements de cotisations, des aides à l'embauche, ou des crédits (remboursements) d'impôts pour la recherche. En tout, il y a 2 252 moyens différents d'avoir une aide ! Des boites se sont même montées pour aider les patrons à s'y retrouver ; et elles empochent au passage une partie de cet argent. 

            Finalement, le vrai premier poste de l'Etat, ce n'est ni l'enseignement, ni la défense, c'est l'aide aux patrons.

            En fait, les dirigeants des très nombreux services de l'Etat, ont tous en tête qu'aider les patrons, c'est normal, c'est évident. Il suffit qu'un patron assez gros dise qu'il ne s'en sort plus, qu'il risque de mettre des gens au chômage :  à un niveau ou un autre, dans un service ou un autre, on lui trouve une aide. On ne lui demande pas de prouver qu'il n'utilise pas seulement cet argent pour l'empocher et s'enrichir. On ne lui demande rien. Du coup, des Auchan ou Michelin se permettent de supprimer des milliers d'emplois, après avoir reçu des millions d'aides. 

            Tout cet argent qui va en toute discrétion dans les poches des patrons, ces 200 milliards proviennent de notre poche, de notre travail. La moindre des choses, serait que nous le sachions, que les chiffres soient connus de tous. Mais ils sont comme secrets.         Entre le salarié que nous sommes, et l'employeur qu'est le patron, on voit là très clairement qu'il y a deux mondes. Et plus clairement encore, de quel côté joue vraiment l'Etat.

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