346- Inde : des Gilets jaunes par centaines de millions

… Ils n’ont pas des gilets jaunes, mais des turbans colorés sur la tête : les paysans ont décidé de partir de chez eux pour aller bloquer la capitale de l’Inde New Delhi. Sur des tracteurs, sur des camions, à pied, avec des provisions pour tenir six mois s’il le faut, ils encerclent la ville depuis le début décembre 2020…

            Si on n’aime pas les injustices, si on ne supporte pas de voir des populations entières mises dans la misère, on ne peut qu’être touchés par ce que tentent de faire des millions et des millions de paysans pauvres en Inde.

            Nos journalistes ne nous en disent rien, pratiquement, mais c’est une lutte immense qui a commencé là-bas. Ni les réseaux sociaux, ni la télévision ne nous en parlent. Ils sont tous très forts pour nous amuser, nous occuper avec des discussions sur tel ou tel sujet. Mais lorsque les choses deviennent sérieuses, il n’y a plus personne.

            Ils n’ont pas des gilets jaunes, mais des turbans colorés sur la tête : les paysans ont décidé de partir de chez eux pour aller bloquer la capitale de l’Inde New Delhi. Sur des tracteurs, sur des camions, à pied, avec des provisions pour tenir six mois s’il le faut, ils encerclent la ville depuis le début décembre 2020.

            Comme chaque lutte des plus pauvres, comme chaque lutte de ceux que les puissants dominent, exploitent, méprisent, leur lutte nous apprend beaucoup. Car elle rejoint nos luttes, elle en fait partie. Elle nous redonne du moral.

            Comme ici, l’ennemi qui veut les presser comme des citrons, ce sont les patrons des grosses sociétés capitalistes, des personnes en chair et en os. Là-bas, ces milliardaires s’appellent Mukesh Ambani ou Gautam Adani ; ils sont propriétaires de grosses sociétés dans l’alimentaire.

            Comme ici, ils s’arrangent pour que ce soit l’Etat qui décide pour eux, dans leur intérêt. Ils se cachent derrière l’Etat, derrière des administrations qui ont l’air d’être des montagnes impossibles à bouger.

            Depuis plus de cinquante ans, l’Etat indien achetait aux paysans leur riz, leur blé, avec un prix assez haut qui leur permettait de survivre ou de vivre. Une garantie, donc, même si beaucoup n’ont pas plus de 2,20 euros de salaire par jour. C’est ce système que l’Etat vient de casser, et qui provoque la mobilisation des paysans.

            Maintenant, n’importe quel gros capitaliste pourra leur acheter le fruit de leur travail. Ce sera donc la dictature du tout puissant contre chaque tout petit, et il pourra imposer la baisse de prix qu’il voudra. Pour les paysans, c’est la mort assurée.

            Comme ici, on emballe l’attaque contre les pauvres avec des mots mensongers : on parle de « liberté » des prix… Et comme ici, à ceux qui ne baissent pas la tête, on envoie la police, les matraques, les gaz lacrymogènes, les canons à eau. Comme ici, la police est au service des gros patrons, des riches et des puissants, contre l’ouvrier, contre le paysan, contre le travailleur. Jamais le contraire.

            Comme ici, les hommes politiques disent aux paysans indiens qui se révoltent qu’ils n’ont pas compris, qu’on va leur expliquer, qu’on leur veut du bien, qu’on va « moderniser » l’économie.

            Comme ici, l’ennemi principal, les patrons, les riches capitalistes, se cachent derrière l’Etat, tout entier à leur service. Ils s’arrangent pour que les décisions qui leur conviennent, et dont ils vont profiter, viennent de lui. Ils espèrent ainsi éviter des grèves directes contre eux.

            Comme ici, encore, les pauvres ne peuvent pas clairement compter sur les syndicats. Les syndicats ont leurs calculs, leurs intérêts, et leur direction est bien installée, comme une administration parmi d’autres. Pour soutenir les paysans, les syndicats en Inde ont appelé juste à quelques heures de grève. Mais, heureusement, ce sont peut-être deux cent millions de travailleurs, qui ont fait grève pour dire leur soutien à la lutte des paysans.

            Voilà, il est difficile d’en savoir beaucoup plus, ici, en France. Une lutte qui met en cause les gros puissants, nos responsables préfèrent éviter d’en parler. C’est pourquoi, lorsque nous commençons une lutte, nous devons aussi prendre en charge l’information. Nous ne pouvons pas compter sur leur système pour cela. Et le mieux est d’aller informer directement, nous-mêmes, d’autres travailleurs comme nous.

            Le riz indien se retrouve dans notre assiette. Les gros capitalistes sont une grande famille qui se partage la planète, que les pays soient riches ou qu’ils soient pauvres. Mais nous aussi, travailleurs, exploités des pays riches comme ceux des pays pauvres, nous sommes une grande famille qui mène, ensemble, malgré les frontières de toutes sortes, la même lutte contre l’injustice du système capitaliste.

            C’est pour cela que la lutte des paysans indiens nous fait du bien au moral.

© L'Ouvrier 2021
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