354- Histoire humaine : le passé, les avenirs

...Mais un jour, il y a 5000 ans, en Mésopotamie, l’Irak actuel, des chefs ont réussi à s’imposer à leur groupe. Une machine infernale s’est alors mise en place, avec des rois et des impôts, des armées et des esclaves. L’Etat, cet appareil de domination, est apparu. Pour la population, la vie va devenir plus dure, moins libre. Il y aura de nombreuses révoltes contre cette forme de vie ; il y a 400 ans encore, un tiers de la population mondiale vivait sans véritable Etat...

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            Notre planète, la Terre, s’est formée il y a quatre milliards et demi d’années. Il a fallu un milliard d’années pour que naissent les premières formes de vie, microscopiques. Puis trois autres milliards d’années où elles ont évolué, jusqu’à donner la famille des grands singes. Nous en faisons partie, nous, les humains. Six espèces au moins d’hommes différents vivaient sur Terre, il y a plus de cent mille ans. Aujourd’hui, il n’y en a plus qu’une. Les scientifiques l’appellent Sapiens. Nous sommes seuls, uniques, tous parents, avec la même origine.

            Tous les animaux voient leur corps se modifier, quand le climat change, ou sur un nouveau territoire. Sapiens, lui, a su s’installer aux quatre coins de la planète, sous des climats très variés. Mais peu de choses ont changé : la couleur de la peau, ou les yeux bridés. Pourquoi ? parce que Sapiens, en étant debout, a pu utiliser ses mains, fabriquer des outils, développer son cerveau, allumer un feu, faire des vêtements : partout, il a recréé autour de lui le climat dont il a besoin.

            Animal sans griffes, sans cuirasse, courant mal, il a réussi à survivre. Comment ?  En apprenant à coopérer. Il a inventé la chasse en groupe, la vie en groupe, la transmission au groupe de ce qu’il a appris. Il a développé le langage, qui permet de parler du passé, du futur, de notre imagination. Des groupes vont oser partir. Ils sortent d’Afrique il y a soixante mille ans, ils arrivent en Amérique il y a quinze mille ans.

            Mais tous ces groupes se séparent : il n’y a ni internet, ni téléphone, ni courrier. Des milliers de groupes de Sapiens vivent isolés, même s’ils échangent des objets ou des pierres rares avec les groupes voisins. Ils inventent des manières différentes de vivre, de parler, de manger, de croire, s’habiller ou s’aimer : des cultures différentes. Ils ont donc aussi des apparences très différentes.

            Leur force ? Ils s’entendent parfaitement parce qu’ils interdisent les inégalités trop fortes entre eux. Ils avaient trouvé des moyens pour empêcher que des chefs ne les dominent. Lorsqu’à un moment il fallait un chef, on l’obligeait à offrir tout ce qu’il pouvait avoir ; on se moquait de lui au lieu de s’abaisser devant lui ; et le groupe refusait de lui obéir si l’on n’était pas d’accord avec ce qu’il voulait nous faire faire. On a vu ces façons de faire chez certains peuples.

            Leur civilisation a produit les magnifiques grottes de Lascaux et a duré des dizaines de milliers d’années. Ils ont inventé l’agriculture, il y a dix mille ans. Ils ont construit les premières villes il y a sept mille ans, toujours en évitant les inégalités insupportables du monde actuel.

            Mais un jour, il y a 5000 ans, en Mésopotamie, l’Irak actuel, des chefs ont réussi à s’imposer à leur groupe. Une machine infernale s’est alors mise en place, avec des rois et des impôts, des armées et des esclaves. L’Etat, cet appareil de domination, est apparu. Pour la population, la vie va devenir plus dure, moins libre. Il y aura de nombreuses révoltes contre cette forme de vie ; il y a 400 ans encore, un tiers de la population mondiale vivait sans véritable Etat.

            Il y a cinq cents ans, des Européens ont commencé à coloniser, à exploiter les populations, en Afrique, en Amérique, en Asie. Ils l’ont fait avec la pire des violences : guerre, génocide, esclavage. Ils justifient tout cela en s’appuyant sur les apparences différentes.

            Mais, sans le vouloir, ils ont commencé à relier toutes les cultures humaines. Ils l’ont fait pour le commerce, mais ce sont aussi les idées de libération qui vont circuler : les droits de l’homme, l’internationale.

            Depuis deux siècles, plusieurs révolutions d’une ampleur internationale ont eu lieu. Ces premières tentatives n’ont pas réussi. Mais le sens de l’histoire est bien là. Et il le restera tant qu’il y aura des opprimés sur Terre.

            Il n’y a qu’un passé, mais plusieurs avenirs sont possibles. Nous pouvons nous aussi maîtriser nos chefs, et faire ainsi un monde vraiment humain.

 

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