345- Complot : leur vrai façon de comploter

… Un de leurs quartiers, à Paris, c’est le triangle d’or (derrière les Champs-Elysées, entre les avenues George 5 et Montaigne). Leur monde vit à part, passe son temps à bien se connaître les uns les autres, avec de très nombreuses réunions, associations, clubs de riches. Ils s’échangent les bonnes informations, se présentent des connaissances, préparent l’avenir de leurs enfants. En fait, leur vie entre eux est une très grande réunion ouverte, le contraire du complot !...

            Oui, il y a de quoi penser qu’il y a un complot contre nous, quand on voit les drames de toutes sortes, presque chaque jour ; les raisons de s’inquiéter, et l’avenir bien gris. Et tous leurs journalistes, qui ne connaissent rien à notre vie. Ceux qui nous dirigent, à la tête du gouvernement, à la tête aussi des grosses boîtes, décident dans le secret, entre eux, sans s’intéresser à notre avis, ou sans en tenir compte.

            Pourtant, il y a une catégorie de la population qui y trouve son compte, à laquelle ils ne touchent pas : la classe des riches, des gros propriétaires. En France, ils sont 700 000 à posséder pour un million de dollars ou plus, en actions en Bourse, et autres obligations. Ceux-là n’ont jamais besoin de manifester, ou d’occuper les ronds-points, car leur richesse augmente chaque année.

            Y a-t-il un complot de 700 000 personnes ? Un complot qui se réunit régulièrement pour décider en secret, c’est impossible. Pour garder un secret, il ne faut pas dépasser quelques dizaines de personnes. Alors comment font-ils ?

            Un de leurs quartiers, à Paris, c’est le triangle d’or (derrière les Champs-Elysées, entre les avenues George 5 et Montaigne). Leur monde vit à part, passe son temps à bien se connaître les uns les autres, avec de très nombreuses réunions, associations, clubs de riches. Ils s’échangent les bonnes informations, se présentent des connaissances, préparent l’avenir de leurs enfants. En fait, leur vie entre eux est une très grande réunion ouverte, le contraire du complot !

            Il leur suffit donc qu’une petite partie de leur monde soit présente là où il faut décider ce qui est important, quelques centaines en politique, quelques milliers dans l’économie. Ils sont par exemple cinq milliardaires qui possèdent l’essentiel des moyens d’information. Ceux-là ne les trahiront pas. Pas besoin de consignes à leur donner, pas besoin de réunion secrète. Ils comprennent d’un coup d’œil, à la réaction de leurs amis, de leur famille, si ce qu’ils vont dire, décider, convient ou pas à leur petit monde. Ensuite, le pouvoir de ces cinq-là suffit : les milliers de journalistes qu’ils emploient devinent ce qu’ils peuvent dire ou pas. Et s’il faut en virer un qui n’a pas compris, ce n’est pas un problème.

            Evidemment, une fois qu’ils ont décidé de cette manière, dans l’intérêt de cette classe-là, ceux qui nous dirigent n’ont plus les moyens de nous offrir grand-chose. Alors, ils ont des mots, des promesses, de belles paroles, des explications. Et c’est aussi sur des promesses, que ceux qui sont dans la politique se font élire. Droite ou gauche, ce sont les mots qui changent, et encore.

            De toute façon, leur Etat, et leur administration, sont comme un moteur qui ne sait tourner que dans un seul sens, pas de marche arrière. Les seuls moments où ils ont un peu fait marche arrière, en 1936 en acceptant qu’existent des congés payés, en 1968 en augmentant les salaires, en 1995 en reculant sur les retraites, c’est nous qui les avons forcés, par la grève générale.

            Ceux qui nous dirigent ont fabriqué un système compliqué, mais ils n’ont pas besoin de complot. Et ceux qui disent que ce sont les juifs ne font que les aider. Parce que l’immense majorité de ceux qui décident et de ceux qui profitent de tout le système ne sont pas du tout juifs.

            Oui, nous qui subissons toutes les décisions au service de la classe riche, il faut et il faudra que nous apprenions comment elle fonctionne, comment elle nous dirige, comment est construit son Etat, et pourquoi nous ne pouvons rien en attendre. Cela prend du temps, demande des efforts. Mais si on y tient, on peut chercher et commencer à comprendre vraiment.

            Les histoires de complots ne nous aident pas du tout. Ce sont presque des histoires pour enfants, toutes simples, trop simples. Elles jouent sur notre colère, ou sur notre peur, pour qu’on les répète. Et comme elles sont répétées, beaucoup finissent par y croire. Mais ça ne les rend pas plus vraies. Seule la vérité est révolutionnaire.

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