342- Vieux : comment ça va ?

… On nous dit que notre mode de vie est génial, puisqu’il a largement augmenté la durée de vie. L’âge moyen était de 40 ans du temps de Napoléon. Aujourd’hui, un homme qui a 60 ans peut espérer vivre encore jusqu’à l’âge de 78 ; une femme jusqu’à 85. Très bien, mais dans quelles conditions vivent ces personnes âgées ?...

            10 000 morts dans les Ehpad avec le coronavirus en 2020, plus de 15 000 pendant la canicule de 2003 : il faut vraiment des situations graves pour qu’on nous parle des vieux. Et encore, on ne nous dit rien ou presque de ce qu’ils vivent, ce qu’ils ressentent, comment ils vont ?

            Ce qui compte, dans la société actuelle, ce sont les jeunes. Bien sûr, certains posent des problèmes, mais les jeunes sont vus comme ceux qui vont se mettre au travail, ou qui y sont déjà, ils sont dynamiques, productifs, ils ont de l’audace, ils vont inventer l’avenir.

            On nous dit que notre mode de vie est génial, puisqu’il a largement augmenté la durée de vie. L’âge moyen était de 40 ans du temps de Napoléon. Aujourd’hui, un homme qui a 60 ans peut espérer vivre encore jusqu’à l’âge de 78 ; une femme jusqu’à 85. Très bien, mais dans quelles conditions vivent ces personnes âgées ?

            Pour ceux qui ont vécu toute leur vie en privilégiés, on peut se porter bien, même à 80 ans. Mais l’ouvrier du bâtiment, ou sur presses dans l’automobile, aura le dos cassé ou d’autres soucis de santé. Non seulement son corps va s’abîmer plus tôt, mais il va le faire aussi plus vite. Et même s’il est soigné, il ne retrouvera pas la santé.

            Les maladies mentales vont moins toucher ceux qui ont eu la chance d’avoir un métier plus intellectuel, ou avec des responsabilités, des décisions à prendre. Elles vont plus s’en prendre d’abord à ceux à qui on n’a demandé que d’exécuter des ordres, de répéter des gestes. Le pire, c’est que pour beaucoup, une fois ce métier enlevé, on risque fort de découvrir qu’il n’y a plus rien. Mis à la retraite, on se découvre soudain inutile, l’ennui peut vous rendre incapable d’agir, et aggraver même l’usure du corps. Les femmes, qui ont eu toute une activité autre que professionnelle durant leur vie, s’en sortent mieux.

            Le corps humain a besoin d’agir, et pour agir, il faut des raisons de vivre. Mais la société n’en donne plus une fois qu’on est à la retraite. Ce qui montre qu’elle nous a pris jusque-là pour du matériel à produire. Et que les côtés humains étaient plutôt un habillage.

             L’économie capitaliste n’est pas intéressée par les vieux. Mais sa manière de voir déteint sur tout le monde. Quand l’épidémie de coronavirus a commencé, on a interdit toute visite dans les maisons de retraite. Il a fallu un mois pour trouver qu’avec deux mètres de distance et une vitre, un visiteur peut tout à fait venir ! On peut au moins s’entendre, se voir les yeux dans les yeux, savoir si l’autre souffre, s’il sourit.

            Les visites, elles sont vitales pour les vieux. Selon une enquête de 2020 du ministère de la Santé, un tiers de ceux qui sont placés dans les Ehpad sont en détresse pyschologique. Ils disent qu’ils ne se sentent « jamais heureux ou rarement ». Ils se sentent « tristes souvent ou en permanence ». Ils manquent d’appétit, ils ne trouvent pas de motivation pour faire des activités. Leur en a-t-on seulement proposé quand c’était encore possible !

            Les vieux, ou certains d’entre eux, intéressent le système capitaliste, mais seulement pour en tirer de l’argent. Une société comme Korian, qui possède 800 de ces établissements dans toute l’Europe, fait payer chaque résident des 2000 et des 3000 euros par mois. Ce ne sont donc pas les plus pauvres qui peuvent y être. Mais ils ne sont, au fond, pas beaucoup mieux considérés.

            Il y a 15 millions de personnes de plus de 60 ans en France, c’est un Français sur quatre. Mais un jeune ou un adulte, s’il regarde autour de lui, il n’en verra pas autant. Les vieux sont mis en dehors de la vie des autres.

            Mais il a existé et il existe des sociétés où les vieux sont considérés. Ils sont ceux qui ont une expérience, qui ont appris à distinguer l’essentiel de ce qui est secondaire ou particulier, qui sont riches des apprentissages de leur vie et de ceux qu’ils ont connus. Non seulement on les respecte, mais on organise la vie et le travail de manière qu’ils gardent leur place, proche des autres.

© L'Ouvrier 2020
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