326- Police : ce que défend la police

... L’essentiel, en haut lieu, c’est de préserver les bases les plus profondes de la société. Et la première, c’est la propriété privée. Il y a votre portable, votre bagnole, votre maison, peut-être. Mais il y aussi la propriété d'usines, d'autoroutes, de banques, de grosses entreprises ; et cette propriété-là a ceci de spécial qu'elle sert à tirer du profit sur le dos des autres...

            Devenir policier quand on sera grand, c’est parfois un rêve d’enfant. La police arrête les méchants, les voleurs, les tueurs. Bon nombre de policiers se voient ainsi. Et il nous est tous arrivé de voir un policier montrer une attitude humaine.

            Et pourtant, non, la police n’a pas été faite pour arrêter les méchants. Elle n’est pas faite pour que nous puissions vivre et travailler tranquillement. Elle a été faite pour que nos dirigeants nous voient travailler tranquillement. Ça y ressemble, mais ce n’est pas la même chose.

            Il suffit d’un moment où nous autres, le bas de cette société, proteste, pour découvrir que la police n’est alors plus là pour corriger l’injustice. Lors d’une grève, quand la police est là, c’est à la demande des patrons, pour prendre un certain nombre d’entre nous en situation d’irrégularité, démoraliser les autres, nous faire peur, nous pousser à cesser la lutte.

            Dans les manifestations de rue, la police dit être là pour protéger les bons manifestants, ceux qui ont demandé une autorisation, et intervenir contre les casseurs. Mais ceux qui manifestent voient autre chose : la police est là pour nous encadrer, contrôler très soigneusement notre déplacement, le limiter, car elle ne peut pas être partout. Si nous sommes nombreux, elle peut même vouloir casser la manif, à coups de grenades lacrymogènes, lances à eau, tirs de balles de défense et matraques. Là, elle ne nous protège pas : elle se protège elle-même pour faire son travail de contrôle. Elle veut démontrer que nous devons lui obéir, un point c’est tout, que c’est elle qui commande.

            Quand on découvre cette réalité violente sur le terrain, on ne peut que sentir monter en soi un sentiment de rage : cette police, censée être un bras de la justice, se montre injuste, avec l’utilisation de sa force, de son nombre, de son matériel. Et quand la police est envoyée pour harceler les jeunes dans les cités, c’est encore la rage que cela provoque.

            Cette rage peut faire voir ces policiers comme nos principaux ennemis. Mais le sont-ils vraiment. N’y a-t-il personne derrière ?

            Lorsque le mouvement des Gilets jaunes a commencé fin 2018, certains d'entre eux ont cru que la police allait les comprendre. Des policiers les ont écoutés. Est-ce parce qu’il y a parmi les policiers des bons et des méchants ?

            Les différences entre policiers comptent peu. La police est un vaste appareil, une machine faite pour obéir à des ordres. Si on lui dit de discuter gentiment sur les ronds-points, elle le fait. Cela lui sert à écouter, enregistrer les paroles des gens, mesurer leur détermination, et tout est remonté ensuite au plus haut niveau : préfets, ministère de l’Intérieur. Mais là, lorsque ces autorités le décident, et qu'ils en donnent l'ordre, les ronds-points sont dégagés de gré ou de force.

            Ces ordres sont politiques. L’essentiel, en haut lieu, c’est de préserver les bases les plus profondes de la société. Et la première, c’est la propriété privée. Il y a votre portable, votre bagnole, votre maison, peut-être. Mais il y aussi la propriété d'usines, d'autoroutes, de banques, de grosses entreprises ; et cette propriété-là a ceci de spécial qu'elle sert à tirer du profit sur le dos des autres. C'est elle qui crée et aggrave les inégalités. Pour qu'on ne fasse pas la différence, et qu'on ne s'insurge pas contre cette propriété qui sert à exploiter, on envoie la police pour chaque petit vol ; histoire de mettre dans les têtes que toute propriété est sacrée.

            Quand des opprimés se retrouvent face à la police, l’ennemi principal, ce n’est pas elle. L’ennemi principal, c’est la grande propriété privée. C’est elle qui est à la base des inégalités, de bien des injustices sociales, de la fabrication des cités ghettos, de nombre de problèmes sociaux, et donc aussi d'une partie de la délinquance. C’est cette propriété privée des grands capitalistes que la police défend, même si les policiers n’en ont pas conscience. C’est pour défendre leur système que les ordres leur sont donnés.

© L'Ouvrier 2019
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