341- Liban : une création de la France, qui lui a échappé

... C'est la France qui a fabriqué le Liban. Grâce à la boucherie de la Première guerre mondiale, se retrouvant vainqueur, la France récupère la Syrie, qui appartenait à des alliés de l'Allemagne battue. Elle découvre que dans une petite région, grande comme un département français, il y a des populations qui se sont réfugiées dans une montagne, le mont Liban. Parmi elles, des chrétiens, catholiques, obéissant au pape : ce sont les maronites...

            Le port de Beyrouth explose et, d'un coup, on découvre que le Liban est un "grand ami de la France". Est-ce vrai, ou s'agit-il comme d'habitude d'un grand baratin, qui cache des calculs financiers ou politiques ?

            Eh bien, pour une fois, c'est un peu vrai ! C'est la France qui a fabriqué le Liban. Grâce à la boucherie de la Première guerre mondiale, se retrouvant vainqueur, la France récupère la Syrie, qui appartenait à des alliés de l'Allemagne battue. Elle découvre que dans une petite région, grande comme un département français, il y a des populations qui se sont réfugiées dans une montagne, le mont Liban. Parmi elles, des chrétiens, catholiques, obéissant au pape : ce sont les maronites.

            En 1920, la France enlève cette région à la Syrie et crée le Liban. Ces maronites chrétiens ne sont qu'un tiers peut-être de la population. Il y a d'autres peuples réfugiés, des musulmans chiites (comme ceux d'Iran), d'autres sunnites (comme ceux d'Afrique du Nord et d'Arabie saoudite), des druzes, des kurdes, des juifs...

            L'idée, en France est d'avoir un pays qui serve de relais aux affaires des capitalistes français au Moyen Orient. Elle contrôle le pays et l'organise pour que les maronites en soient les principaux chefs : le Président de la république sera maronite, et c'est lui qui commandera l'armée, le Premier ministre sera sunnite, le président de l'Assemblée nationale sera chiite. Indépendant en 1943, le pays fonctionne toujours ainsi.

            Mais ces beaux calculs vont pourrir la vie de la population. C'est qu'en haut de l'Etat, les chefs religieux et politiques se querellent pour se partager les bons postes, mais s'entendent pour profiter des impôts, des revenus de l'Etat. Ils vont chercher à faire de grandes affaires, mais ils laissent l'ensemble de la population à l'abandon. Chacun préfère apporter, par son église ou par sa mosquée, une petite aide à ceux qui sont de sa religion ; en échange... d'un bulletin de vote.

            Et ce long pourrissement va finir par provoquer une explosion en 1975, pire que le port de Beyrouth : une guerre civile de quinze années. Lorsque des Palestiniens, expulsés d'Israël, viennent au Liban, s'arment et s'organisent, prennent la cause des plus pauvres, une partie des chrétiens s'affole pour leur pouvoir, déclenche la guerre entre religions. Le Liban va connaître l'invasion par Israël, qui veut éliminer la résistance des Palestiniens. La France intervient, cette fois de leur côté, et en sauve 4000. Il y aura aussi l'invasion de la Syrie : celle-ci aide d'abord les chrétiens, pour faire accepter son occupation du Liban par la France ; puis elle les abandonne. Elle restera là 29 ans.

            Au sein même de chaque religion, on finit par s'entretuer : le député des arabes chrétiens Tony Frangié, est assassiné par le chef de guerre chrétien Samir Geagea, qui lui, admire Israël.

            Pour arrêter ces horreurs, il est décidé en 1989 de donner plus de pouvoirs au Premier ministre, donc aux musulmans sunnites. Mais un nouveau venu va s'installer, le Hezbollah. Aidé par l'Iran des ayatollahs chiites depuis 1989, il vient en aide aux populations chiites, les plus abandonnées, et harcèle l'armée israélienne. Le Hezbollah entre au gouvernement en 2005.

            Mais au fond, rien ne change : les hommes d'affaires s'occupent de leurs affaires. Le milliardaire Rafic Hariri, Premier ministre du Liban pendant dix ans, a été un grand ami du président Chirac. Son frère Ayman avait mis à sa disposition un bel appartement dans Paris. Son fils Saad a été Premier ministre jusqu’en 2020...

            La France ne contrôle plus rien ou presque, mais cent ans d'histoire ont créé des liens : entre certaines des élites des deux pays. Des écrivains, des architectes, des banquiers libanais se sont formés dans les dizaines d'écoles et lycées français du Liban. La plupart des Libanais qui en ont les moyens sont partis, pour bien vivre à l'étranger. En France, ils sont 250 000. Elle est là l'amitié entre la France et le Liban... Mais pour sa population, c'est tout un système à faire exploser !

© L'Ouvrier 2020
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