340- Epidémie : pourquoi faut-il une crise en plus ?

... l’Etat peut aider un patron ou un autre, mais ne les coordonne pas entre eux. Les patrons ne le veulent pas. Ils veulent être libres d’agir comme ils veulent, puisqu’ils sont propriétaires. Et c’est le fait d’être propriétaire qui fait qu’ils peuvent tirer du profit, sur le dos des travailleurs qu’ils embauchent. C’est ce système qui fabrique des millionnaires...

Les malades du coronavirus n’ont pas encore fini d’être soignés, et on nous dit que la crise est inévitable : le nombre de chômeurs va monter, les queues pour l’aide alimentaire vont s’allonger. Que l’économie ait des problèmes quand on doit rester confinés à la maison, on le comprend. Mais pourquoi faut-il qu’il y ait une crise une fois que l’on retourne au travail ?

            On comprend bien que les petits commerces, les petits patrons qui se sont retrouvés sans entrée d’argent, mais qui ont toujours des charges, des loyers à payer, soient en danger. Mais pour les grandes industries, c’est autre chose.

            Prenons Renault, par exemple. Il a des usines réparties un peu partout. En temps normal, tout est parfaitement coordonné pour qu’on ne manque de rien, qu’il y ait chaque jour le bon nombre de pièces aux bons endroits. On suit le travail complet, on prévoit ce qu’une usine doit envoyer à l’autre, on coordonne ce qui se passe dans tout le groupe. On peut appeler ça un plan.

            Mais Renault n’est pas seul, il a besoin d’autres boîtes, qui lui fournissent des pneus, des vitres, etc. Renault va s’adresser à elles. Mais là, entre des entreprises différentes, il n’y a plus ni plan, ni entente. On s’entend juste sur la vente ou l’achat d’un produit.

            Pire, chacun cache le plus de choses possibles à l’autre. C’est pour cela qu’il arrive qu’un fabricant de pneus ne voit pas qu’une baisse des besoins va avoir lieu dans l’automobile. Il se retrouve à devoir diminuer sa production, ou même fermer. Et ce sont les travailleurs qui trinquent, des intérimaires renvoyés, des travailleurs licenciés.

            L’inverse est grave aussi. Si l’industrie automobile se met à produire plus de voitures, et que le fabricant de pneus ne l’a pas vu venir, qu’il n’est pas capable tout de suite de fournir, un autre risque de lui prendre sa place. Et lui peut s’effondrer. Avec, encore, pour nous, travailleurs : licenciements, chômage… Il n’y a pas de coordination, de réglage entre les différentes industries : leur réglage, c’est de jouer sur notre emploi. Voilà leur fonctionnement normal.

            Avec le coronavirus, une bonne partie de la production a été stoppée net en mars 2020. La question, maintenant, c’est comment coordonner la reprise. Si une usine automobile peut produire 1000 voitures le premier mois, et 5000 le deuxième, il lui faut des pneus pour 1000 voitures le premier mois, puis 5000. Pas plus, pas moins. Sinon, on l’a vu, c’est licenciement, chômage ! Ce qui est déjà difficile en temps normal, est maintenant encore plus difficile à coordonner. Puisqu’il n’y a rien, nulle part, pour coordonner !

            On croit souvent que la coordination, le réglage, le plan, c’est l’Etat qui le fait. Eh bien non, l’Etat peut aider un patron ou un autre, mais ne les coordonne pas entre eux. Les patrons ne le veulent pas. Ils veulent être libres d’agir comme ils veulent, puisqu’ils sont propriétaires. Et c’est le fait d’être propriétaire qui fait qu’ils peuvent tirer du profit, sur le dos des travailleurs qu’ils embauchent. C’est ce système qui fabrique des millionnaires.

            Il faudrait un réglage délicat entre toutes les entreprises, pour coordonner la reprise. Mais au lieu de cela, c’est l’inverse : la concurrence, la guerre entre entreprises, qui fait déjà des dégâts en temps normal, devient encore plus forte dans un moment délicat comme aujourd’hui. Et cette concurrence qui élimine les boîtes plus faibles, et renforce les plus fortes, se mène, elle aussi, à coups de chômage et d’emplois supprimés.

            Mais ce n’est pas fini. Lorsqu’une vague de travailleurs est jetée au chômage, c’est autant de gens qui doivent moins dépenser, moins acheter. Si moins de produits sont vendus, il faut alors moins produire. Et ça se règle par de nouveaux licenciements. En clair, le chômage fabrique du chômage. Et ça peut continuer pendant un moment, c’est déjà arrivé dans le passé.

            C’est débile ? C’est insupportable ? C’est la propriété privée, la base du capitalisme.

© L'Ouvrier 2020
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